Caen 2014 -- Alternative à Gauche

Propositions Alternatives pour la Culture

POUR UNE CULTURE VIVANTE ET PARTAGÉE, l'HUMAIN D'ABORD !

Romuald Duval
(Contribution individuelle déposée le 2014-03-02 par romuduval)

Pour L'alternative à gauche, la culture est un lien fondamental entre les citoyens. Au delà des arts vivants et du patrimoine, la culture pour nous englobe l'ensemble des rapports humains. Elle fonde le vivre ensemble, elle est un réservoir commun de valeurs qui se transmettent, s'échangent, évoluent. Pour nous, la politique culturelle, concernant plus spécifiquement la vie artistique, procède de cette conception. Les présentes orientations pour une nouvelle politique culturelle en sont imprégnées.

Nous voulons une politique culturelle au service de tous les citoyens !

Pour l' Alternative à gauche, on ne peut réduire le fait culturel à sa dimension économique, touristique, événementielle, à un support publicitaire pour l'attractivité et le rayonnement d'un territoire. Or, à Caen, nous constatons une politique à 2 vitesses qui se manifeste par un très grand déséquilibre entre les budgets destinés aux institutions et ceux alloués au développement culturel, à l'éducation populaire et aux pratiques artistiques. Nous revendiquons des investissements massifs pour l’ensemble des forces vives et créatives de la cité avec une augmentation du soutien public au secteur indépendant. À Caen, des lieux mutualisés (Bazarnaom, les Ateliers intermédiaires, la Centrifugeuze, la fabrique culturelle en gestation...), des lieux alternatifs (Fermeture éclair, la Cité théâtre, C’est quoi ce baz…art ? Boutique d’écriture, La Maison d’Yvonne Guégan, L' Hippocampe, etc...) sont soutenus... dans des conditions et des proportions qui n'ont rien à voir avec une réelle ambition politique pour une démocratie culturelle ! Le secteur indépendant est aujourd'hui le principal vecteur d'éducation et de diffusion artistiques ; c'est aussi le moins soutenu par la puissance publique.

Avec Michel Duffour (ancien secrétaire d’état au Patrimoine et à la décentralisation culturelle, membre du PCF), nous observons « le foisonnement de structures culturelles petites et grandes qui maillent nos territoires », et nous estimons « qu’en travaillant en confiance avec les (...) artistes, les médiateurs culturels, le monde associatif, qui, chacun avec sa spécificité, sont en mesure (…) de dessiner les contours d'une éducation populaire puissante dont notre société en crise a tant besoin ».

Nous voulons une politique culturelle émancipatrice !

Permettre l’accès de tous et toutes à la culture est un enjeu de société essentiel. L' école doit servir un projet ambitieux et émancipateur, porteur de changements vitaux pour nos sociétés. Elle peut devenir une pièce maîtresse pour offrir l’accès le plus large à la culture. Veiller à un aménagement concerté des rythmes scolaires, veiller à y consacrer les moyens adéquats, favoriser au mieux la réussite de tous les enfants, c’est déjà mettre en œuvre une politique culturelle digne de ce nom. Changer l'école pour en faire une école émancipatrice dont le postulat de base est de permettre à chacun de penser par lui-même, c’est faire de l’Éducation Populaire une priorité de tous les instants. La finalité de notre projet est l’émancipation, en créant les conditions pour que chacune et chacun puisse construire sa vie libéré(e) de toute domination et développer ses potentialités.

Nous voulons une politique culturelle partagée !

En mêlant art, culture et vie quotidienne, par une éducation permanente et populaire, en favorisant l'expression des cultures dans leur diversité et leur singularité. Nous voulons donner l'initiative aux citoyens et aux artistes d'ouvrir des lieux nouveaux. Des lieux ouverts et attractifs en prise directe sur le monde et la vie des gens. Ces lieux de proximité, nous nous garderons de les enfermer dans des définitions trop étroites : l’invention et l’originalité les nourrissent sans cesse. Sur le terrain, ces expériences sont porteuses d'un autre développement du sens, des savoirs, des arts. Elles sont des terrains d'expériences sociales nouvelles qui dépassent les cadres institutionnels où on voudrait enfermer la culture, l'artiste, le public. Pour une démocratisation effective dans l’usage des biens culturels, pour redonner sens à l’éducation populaire, associer les publics, ces lieux alternatifs sont des atouts essentiels. Ils constituent un outil pour que la culture soit de plain pied avec la vie des citoyens.

Nous voulons une politique culturelle concertée !

Ceci implique une révolution dans la manière de concevoir, conduire et construire la politique culturelle. À notre sens, elle ne peut se faire sans une véritable concertation avec les acteurs de différents champs artistiques et culturels de la société civile. L'enjeu de la concertation et de la co-construction de cette politique, c'est le renouveau des pratiques démocratiques, la réappropriation citoyenne de la vie de la cité. Nous voulons mettre véritablement en œuvre et en pratique l'agenda 211 signé par la ville de Caen. Ce texte affirme le principe de la diversité culturelle ; il s'agit de véritablement favoriser la participation citoyenne à l’élaboration des politiques culturelles, de promouvoir et favoriser les capacités d’expression de tous. Or, à Caen, les moyens mis en place pour respecter cet engagement ne sont pas suffisants ! Nous revendiquons un dispositif permanent de concertation entre les artistes, les citoyens et les politiques. Parce que les décisions politiques s'y enrichiraient de la vision toujours singulière et inattendue émanant tant des artistes, que des citoyens. Parce que de son côté le politique doit penser un aménagement juste des territoires culturels ; trop de citoyens sont laissés à l'écart des œuvres et des moyens d'expression artistiques. Parce que les citoyens eux-mêmes doivent pouvoir participer à l'élaboration de leur cadre de vie. Remettre la culture à sa place, au cœur même de la politique est une des conditions majeures pour la transformation progressiste de notre société !

La précarité grandissante des artistes et de leurs structures nous alarment. Il faut une politique de l'emploi artistique volontariste. Développer des emplois artistiques pour le plus grand bénéfice de tous et toutes, c'est possible ! Il n'y aura pas d'éducation artistique, pas de création, pas de développement des arts sans les artistes ! Ce truisme cache une réalité inquiétante : à Caen comme ailleurs, les conditions de vie et d'exercice des artistes se dégradent : la réforme de 2003 du régime de l'intermittence, les baisses de budgets, le dumping sur les prix des spectacles, etc. ravagent un secteur déjà fragile. Alors même qu'il est producteur de richesses ! Il faut mettre en place un plan de relance de l'activité artistique en investissant dans la culture. Dans le cadre actuel, on doit réfléchir à l'accompagnement des artistes par la puissance publique, notamment à travers les notions d'artistes intervenants, d'encadrement des pratiques amateurs et de soutien à la création.


 

Nous voulons une ville culturelle ouverte et foisonnante, en son centre comme en ses quartiers ! Nous voulons faire de la ville un espace commun du bien vivre ensemble dans lequel chacun et chacune peut accomplir ses projets personnels, familiaux ou sociaux grâce à l’organisation partagée des espaces de vie. La politique culturelle contribuera à rendre la ville plus dense, ouverte, humaine, écologique ; une ville qui favorise la cohésion entre les habitants et le vivre ensemble. En multipliant les espaces de partage artistique et social, on multiplie les chances de rencontres et d'échanges !

Nos propositions visent à mettre en œuvre un recentrage vital : l’humain d’abord. Dépasser l'horizon du soi-disant intérêt individuel pour aborder celui du dialogue entre l’individu et son semblable, de partage réciproque, de création. Tout ce que l’art et la culture favorisent ou fabriquent pour nos humanités singulières et plurielles.

C'est un projet de société, un projet sur le long terme ; nous commençons à le construire dès maintenant !

Pour

L'ALTERNATIVE À GAUCHE !

Romuald DUVAL

1 L’ Agenda 21 est un programme d'action de développement durable et solidaire pour le 21ème siècle. La Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement qui s’est tenue à Rio de Janeiro au Brésil du 3 au 14 juin 1992 en est à l’origine. L'Agenda 21 de la culture a été adopté le 8 mai 2004 à Barcelone, par le IVème Forum des Autorités Locales pour l'Inclusion Sociale de Porto Alegre, dans le cadre du premier Forum Universel des Cultures.